Eté 2021 : campagne sénatoriale inédite

Pour de nombreux Français de l’étranger, l’été 2021 est placé sous le signe de vacances inédites. Parfois, ce sont des retrouvailles bien méritées avec la famille et les amis pas vus depuis longtemps, parfois c’est une pause estivale méritée après des mois de télétravail et d’école à la maison pour de nombreux d’entre nous. Pour le retour en France, l’obtention du pass sanitaire et la reconnaissance des vaccins faits hors de l’UE fut régulièrement un véritable casse-tête pour beaucoup de nos compatriotes établis hors de France.

Il existe une actualité qui concerne quelques-uns des Français établis hors de France, les conseillers des Français de l’étranger et les délégués consulaires : les élections sénatoriales. En effet, ces nouveaux élus en mai 2021 forment, avec les 11 députés et les 12 sénateurs des Français de l’étranger, le corps électoral appelé à renouveler 6 sénateurs.

Scrutin inédit pourquoi ?

Ce scrutin est inédit à plusieurs niveaux. La pandémie a empêché la tenue des élections en 2020.

Les sénateurs ont eu un mandat prolongé d’un an afin d’être élu par un corps électoral renouvelé.

Cette année, sur 6 sièges à renouveler, seuls 3 sortants se représentent. Nous aurons donc au moins 3 nouveaux sénateurs fin septembre.

Petit rappel historique :

En septembre 2021, nous renouvelons les sénateurs élus en septembre 2014.

Ce scrutin, le premier auquel je prenais part en tant que grande électrice, avait permis d’élire Jacky Deromedi et Olivier Cadic et de réélire Claudine Lepage, Robert Del Picchia, Christophe Frassa et Richard Yung.

Battu à une voix, Jean-Pierre Bansard avait contesté ce résultat.

Son recours avait été rejeté et les 6 sénateurs confirmés. Les résultats complets et les listes sont disponibles ici.

Quelques éléments importants avant le vote de 2021

  1. LREM

Depuis 2014, beaucoup de choses se sont passées et affectent le scrutin à venir. L’élection d’Emmanuel Macron et la vague LREM de juin 2017 sont des éléments qui ont marqué le paysage électoral des Français de l’étranger.

Les résultats de LREM aux élections consulaires de mai 2021 sont toutefois décevants compte tenu des espoirs nourris et des moyens (interventions de ministres et parutions presse) mis au service des candidats adoubés par le parti présidentiel.

Richard Yung est passé du PS à LREM qui se retrouve donc avec un sénateur sortant.

La présence de LREM a droitisé LR et a rendu impossible la formation d’une liste d’union droite centre comme en 2014.

2) Jean-Pierre Bansard

Depuis son amer échec de 2014, l’homme d’affaires avait, au bout de la 3e tentative, été élu en septembre 2017, passant même deux élus. Il réalisa un score incroyable, à égalité avec la gauche unie.

Ces résultats avaient dès le soir même généré des doutes exprimés par le sénateur Leconte au sujet de la sincérité du scrutin. Son élection avait fait l’objet d’un recours par Olivier Piton, second de liste de Joëlle Garriaud-Maylam, réélue avec un score modeste. Ce recours a engendré, après moins d’un an de mandat durant lequel il n’avait que peu siégé, son invalidation et l’entrée au sénat de Damien Regnard.

Pour les informations complètes concernant cette élection je vous invite à consulter cette page. Je vous invite également à relire le billet que j’avais publié à la suite de ce surprenant scrutin.

Les forces officiellement en présence

A l’heure où je compose ce billet, plusieurs listes sont officiellement dévoilées.

  • La liste LREM, menée par Samantha Cazebonne. Cette liste est uniquement composée de membres de LREM (des élus et un référent). Le parti du président, assuré d’avoir un sénateur, a choisi une députée en cours de mandat pour mener sa liste. Ce choix fait naturellement jaser hors du sérail et a suscité de vifs débats et généré des frustrations au sein de LREM. Toutefois, après le parachutage raté de Philippe Grangeon en 2017, le recyclage de Samantha Cazebonne de l’Assemblée au Sénat devrait se faire plus en douceur. La députée, reconnue pour son sérieux et son implication pour l’enseignement français à l’étranger et les souffrances animales ne manquera pas de faire remonter de nombreux thèmes lors de sa campagne qu’elle mène déjà tambour battant.
  • La liste menée par Olivier Cadic intitulée « Libres et indépendants« . Le sénateur sortant, fort de son dynamisme et son bilan, s’est entouré de candidats qui ont fait un véritable carton aux élections consulaire. Tous ou presque ont en effet fait 2 ou 3 sièges. Sa liste compte des personnalités issues des rangs LR (Thierry Consigny au Japon et Nadia Chaaya en Arabie Saoudite) ce qui porte sans doute un coup à la liste officielle du parti de droite. Cette liste a pour particularité d’avoir en seconde position Olivia Richard, actuelle collaboratrice parlementaire de Robert Del Picchia. Olivia, dynamique quadra, connait bien les élus et les aide et conseille au quotidien. Coup de génie pour certains, point d’interrogation pour d’autres, ce choix a en tous les cas animé le début officieux de la campagne. L’indépendance revendiquée est déjà remise en cause par les opposants du sénateur Cadic qui souligne son appartenance passée à l’UMP et actuelle à l’UDI.
  • La liste menée par Christophe Frassa et Jacky Deromedi. Intitulée « Français à part entière », cette liste est à la fois solide et classique. Elle est composée uniquement d’élus, beaucoup sont membres du parti LR et représente tous les continents. Contrairement à l’annonce faite en 2014, Jacky Deromedi brigue bien un second mandat. Présentée comme une sénatrice de « transition » qui aurait pu mettre sur orbite une nouvelle génération de femmes de droite, Jacky Deromedi, qu’on dit très proche de Bruno Retailleau et de Gérard Larcher, a imposé sa candidature à sa réélection. La liste Frassa est clairement en opposition à LREM et compte à la troisième place Laurent Rigaud, qui a fait un carton aux élections à Dubaï et à lui revient la lourde mission d’impulser une dynamique à cette liste.
  • La liste Ségolène Royal « Français dans le monde, une chance pour la France ». Stupeur au printemps dernier lorsque l’ancienne candidate à la présidentielle annonçait sa volonté de se présenter à l’élection sénatoriale des Français de l’étranger. Idée géniale selon certains, recyclage honteux selon d’autres, cette candidature ne laisse en tous les cas personne indifférent. Ségolène Royal, de nouveau membre du PS, s’allie avec Mehdi Benlahcen, président du groupe Français du monde, Ecologie et solidarité à l’Assemblée des Français de l’étranger, vice-président de Français du monde et candidat malheureux aux dernières consulaires au Portugal. Mme Royal et son équipe mènent une campagne sérieuse et étoffée avec des soutiens de marque (Christiane Taubira et José Bové par exemple). Leur équipe rassemble des figures connues des Français de l’étranger.

Les autres candidatures non finalisées à cette heure

  • La liste menée par Laure Pallez, Faire gagner nos couleurs. Depuis quelques années elle était annoncée comme le renouveau de la gauche et future sénatrice. Beaucoup évoquaient une lutte à venir au sommet avec Cécilia Gondard. Laure Pallez, ancienne élue en Asie et ex-présidente de commission à l’AFE, est désormais élue à Miami. L’arrivée tonitruante de Ségolène Royal dans un paysage politique qui lui semblait acquis n’a pas découragé Laure qui mène une campagne volontaire avec des soutiens de marque. Elle s’est entourée de colistiers reconnus comme Philippe Loiseau et Martine Vautrin. Depuis quelques semaines, sa campagne semble toutefois patiner et certains la disent sur le point de jeter l’éponge.
  • La liste Villard-Boulo « Engagés avec vous« . L’actuel président de l’AFE, habitué des listes sénatoriales (PS en 2014 et LREM en 2017), mène cette fois une liste « indépendante » et s’allie avec son ancienne colistière du Vietnam Anne Boulo désormais élue au Congo. Leur tandem bien connu et apprécié saura-t-il séduire et rassembler une équipe solide ? Ces prochaines semaines nous le diront !
  • La liste EELV. Les verts ont procédé à une primaire interne aux militants qui a désigné Mélanie Vogel comme tête de liste et Alexandre Chateau comme colistier. C’est le tandem actuellement chargé de négocier d’éventuelles alliances, avec le PS notamment. On les entend peu et seul un message de candidature est actuellement disponible sur le site des verts. Mélanie Vogel, une technocrate non élue, n’est pas une figure connue hors des milieux militants. Mais les bons résultats de EELV aux consulaires pourraient lui donner l’accès au Sénat.
  • Yann Chantrel. L’élu du canada, ancien candidat aux législatives, a annoncé sa candidature aux sénatoriales en réaction à celle de Ségolène Royal. Pour l’instant seul l’élu Jean-Philippe Grange a rejoint publiquement son équipe. Son acte de candidature pourrait lui servir de tremplin pour une place sur une autre liste ou pour négocier une autre candidature lors d’un scrutin à venir. Ou est-il en train de faire un coup de poker ?
  • La liste Bansard ASFE 2021 la voix des Français de l’étranger . Depuis 2017, l’ASFE a continué son travail d’information qui s’articule autour du mandat de sénateur de Mme Renaud-Garabedian. Suite à son invalidation, l’infatigable Jean-Pierre Bansard (81 printemps depuis quelques mois) est plus jamais décidé à laver son honneur et se faire réélire sénateur. Cette fois, son parti politique ASFE a soutenu ouvertement des listes aux dernières consulaires et il devrait pouvoir compter sur une soixantaine de voix officiellement ASFE plus les transfuges de tous bords qui ont déjà par le passé soutenu l’homme d’affaires. Seconde liste menée par un non-élu, la liste Bansard attire déjà tous les regards et sera déterminante pour les autres listes de droite et du centre. Sa composition fait actuellement l’objet de nombreuses spéculations…

A noter ce type de scrutin génère aussi des candidatures farfelues, il en sera aussi le cas cette fois mais je ne souhaite pas dans cet article mettre en avant ce type de liste.

Détails pratiques sur le vote

Les grands électeurs pourront voter :

en personne, le samedi 18 septembre à votre ambassade ou dans n’importe quel consulat de votre circonscription électorale, de 9 à 11h (prendre rendez-vous).

en personne ou par procuration, le dimanche 26 septembre, de 9 à 15h au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Centre des Conventions internationales, 27 rue de la Convention – 75015 Paris.

Le vote est obligatoire.

  • J’ajouterai les liens des sites de campagne dès leur mise en ligne

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La publication a un commentaire

  1. patrick caraco

    Excellent article bien documente !

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