Présidente sortante de l’Assemblée des Français de l’étranger, j’ai été confrontée ces dernières semaines à des pratiques qui interrogent profondément le fonctionnement de notre représentation. Au-delà de mon cas personnel, c’est la place de l’AFE et son indépendance qui sont aujourd’hui en question.
Le vote anticipé à l’élection à l’Assemblée des Français de l’étranger vient d’avoir lieu. Et certaines pratiques révèlent les limites d’un système d’une autre époque, toujours aussi dépendant de stratégies sénatoriales. Après plusieurs semaines de pressions et de tentatives d’éviction, j’ai décidé de prendre la parole.
Je n’avais initialement pas prévu de m’exprimer publiquement sur ces événements.
J’estimais que les élections consulaires étaient derrière nous. Je pensais que nous pouvions toutes et tous désormais nous remettre au travail.
Mais les méthodes employées ces dernières semaines dans le cadre du scrutin AFE m’y obligent.
Un système qui favorise les jeux d’influence
À peine les élections consulaires terminées, commencent les élections à l’Assemblée des Français de l’étranger.
Un scrutin indirect. Quelques centaines de grands électeurs. Des listes à constituer dans l’urgence. Une parité à respecter. Des équilibres géographiques à trouver.
Pour les élus réellement indépendants, l’exercice relève souvent du parcours d’obstacles.
Et c’est précisément dans cet entre-soi que prospèrent les jeux d’influence.
Une tentative assumée d’exclusion
Ces dernières semaines, j’ai été confrontée à une volonté manifeste d’empêcher ma présence sur une liste AFE. Certains y verront même une véritable vendetta politique.
Les sénateurs Olivier CADIC et Olivia RICHARD, qui aiment pourtant se présenter comme des élus « libres et indépendants », l’un membre de l’UDI après avoir été à l’UMP, l’autre membre d’Horizons, ont tout fait pour empêcher ma présence sur une liste AFE.
Chacun appréciera la conception de l’indépendance qui sous-tend une telle présentation.
Je ne parle pas ici d’un simple désaccord politique.
Je parle d’une volonté assumée d’exclusion.
À leurs yeux, je n’avais pas ma place en deuxième position.
Je n’avais même pas ma place sur une liste.
Je suis pourtant la présidente sortante de l’Assemblée des Français de l’étranger.
Qu’une présidente sortante puisse être considérée comme indésirable au point que certains cherchent à empêcher sa présence sur une liste en dit long sur la nature réelle de cette opération.
Je précise que ces manœuvres n’ont finalement pas atteint leur objectif. Une liste « Indépendants, démocrates et progressistes » menée par Frédéric SCHAULI a pu être constituée et j’y figure aujourd’hui. Mais le fait qu’elles aient existé demeure, à mes yeux, le véritable sujet.
Je relève également une contradiction qui ne manque pas de sel. Alors qu’Olivia RICHARD, membre d’Horizons, s’est opposée à ma présence sur une liste AFE, c’est grâce notamment à un élu Horizons que la liste « Indépendants, démocrates et progressistes » a pu être finalisée. Chacun en tirera les conclusions qu’il souhaite sur ce qui relevait ici d’une position politique collective ou d’une stratégie bien plus personnelle.
La « trahison »
Leur propre expression fut celle de la « trahison ». Ils parlèrent même de la blessure que provoquait ma simple présence sur une liste.
Quelle trahison ?
Celle d’avoir exercé et incarné mon indépendance politique. Celle d’avoir pris mes distances avec Olivier CADIC après plusieurs années de travail commun, notamment autour de l’enseignement français aux Pays-Bas, lorsque nos divergences politiques, notre conception du mandat et certaines orientations que je ne pouvais plus cautionner sont devenues trop importantes pour être ignorées. Celle, enfin, d’avoir porté une candidature indépendante lors des élections sénatoriales de 2023.
Cette volonté de m’écarter ne date toutefois pas d’aujourd’hui.
Début 2023, lorsque j’ai pris, en conscience, la décision de quitter, pour les raisons évoquées ci-dessus, le sous-groupe associé à Olivier CADIC, celui-ci est allé jusqu’à se déplacer à Bruxelles pour demander mon exclusion à Thierry MASSON, alors président du groupe IDP.
Son objectif était clair : m’isoler politiquement et me nuire.
Cette démarche n’avait rien d’un débat d’idées. Elle relevait déjà d’une logique de mise à l’écart de toute voix réellement indépendante.
À l’époque, mon groupe IDP avait tenu bon. Ses responsables avaient refusé de céder aux pressions. Ils avaient choisi de respecter leur règlement intérieur ainsi que les principes démocratiques qui doivent guider toute organisation politique.
Je leur en suis encore reconnaissante.
Le véritable enjeu : les sénatoriales
Avec le recul, les événements récents montrent que cet épisode n’était pas isolé.
Manifestement, certains supportent difficilement qu’un élu pense par lui-même.
L’indépendance est une vertu lorsqu’elle leur est acquise.
Elle devient une faute lorsqu’elle s’exerce librement.
Le plus grave n’est évidemment pas mon cas personnel.
Le plus grave est que deux sénateurs en exercice aient considéré comme normal d’intervenir dans la composition de listes destinées à élire l’Assemblée des Français de l’étranger.
Cette offensive doit aussi être replacée dans un contexte plus large. Pour rappel, les sénateurs sont élus par 533 grands électeurs. Environ 55 voix suffisent pour faire un siège.
Une élection sur le fil
En 2014, Olivier CADIC savait déjà combien chaque voix pouvait compter.
Son élection, en 3e position d’une liste menée par Christophe Frassa, s’était jouée dans un mouchoir de poche, à une seule voix.
À l’approche du renouvellement sénatorial de 2026, aucune réélection ne peut être considérée comme acquise.
Dans ce contexte, l’Assemblée des Français de l’étranger apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique pour sécuriser des voix devenues plus volatiles.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse donc largement la composition d’une liste AFE.
Il s’agit de contrôler des réseaux d’élus, de sécuriser des soutiens et d’influencer les choix futurs du collège électoral sénatorial.
Le paradoxe du Benelux
Pour la circonscription Benelux, le paradoxe est frappant.
Ceux qui dénoncent régulièrement les alliances de circonstance n’hésitent pas eux-mêmes à soutenir une liste réunissant une élue UDI, un élu LR et plusieurs élus (4) issus d’autres régions du monde n’ayant aucun ancrage particulier dans notre circonscription…
Le tout avec le soutien discret mais essentiel d’un élu Nouvelle Énergie et d’un ancien élu du Luxembourg, marionnettiste à ses heures perdues.
Chacun appréciera la cohérence de la démarche.
Une réforme devenue indispensable
Je dénonce avec la plus grande fermeté ces ingérences parlementaires dans des élections qui devraient appartenir aux élus locaux.
Tant que quelques centaines de grands électeurs désigneront l’Assemblée des Français de l’étranger, les logiques de clans, les fidélités obligées, les interventions de parlementaires et les règlements de comptes prospéreront.
Tant que les sénateurs des Français de l’étranger seront élus par un corps électoral aussi restreint, l’AFE restera, pour certains, moins une assemblée représentative qu’un réservoir de voix, où des sénateurs promettent Paris contre une voix.
Dès lors, les batailles portent moins sur les projets que sur le contrôle des élus.
Les places deviennent des enjeux de pouvoir.
Les vrais indépendants deviennent des problèmes.
Et l’Assemblée des Français de l’étranger risque d’être perçue non comme une institution utile mais comme une étape dans une stratégie sénatoriale.
Durant cette mandature, je n’ai cessé de plaider pour une réforme ambitieuse de notre représentation. La réforme de 2013 a rapproché les élus des Français de l’étranger, ce qui est une avancée incontestable. Mais elle a également créé des élus de proximité sans véritables leviers d’action et maintenu une AFE sans moyens propres ni autonomie réelle.
Durant cette mandature, un groupe de travail sur la réforme s’était penché sur le sujet. Toutefois aucun consensus n’avait été atteint sur ces points, les positions de certains groupes étant déjà surveillées comme le lait sur le feu par certains sénateurs… C’est fortement regrettable…
En guise de conclusion
Une assemblée qui représente plus de trois millions de Français établis hors de France mérite mieux.
Elle mérite des élus libres, des élus qui travaillent, des élus qui siègent.
Elle mérite davantage de démocratie.
Durant cette mandature, j’ai présidé une assemblée pluraliste, lancé avec les élus les Assises de la protection sociale et défendu une conception indépendante du mandat. Nous avons prouvé qu’une assemblée consultative pouvait exister autrement que comme l’antichambre des élections sénatoriales : comme un lieu de travail, d’expertise et de dialogue au service des Français de l’étranger. Je pensais que ce bilan pouvait être discuté. J’ai découvert que pour certains, il devait surtout être effacé.
L’Assemblée des Français de l’étranger n’appartient ni aux sénateurs, ni aux partis, ni aux réseaux d’influence.
Elle n’est pas davantage un marchepied sénatorial ni un réservoir de voix.
Elle appartient aux Français de l’étranger.
Et il est temps de le rappeler.
Vous pouvez compter sur moi pour le faire.


Total soutien à toi Héléne , tu es notre digne représentante et ton ancrage dans la circonscription n’est à rappeler qu’aux membres de ces partis , vérolés par l’ambition de leurs têtes influentes.